Lost in Transylvania

Au mois de juillet, on part. Cette fois, c’est juré. La carte de l’Europe est étalée devant nous et un peu par hasard, on pioche la Roumanie. Nous sommes cinq amis et aucun de nous n’y est encore allé. Nous ignorons beaucoup de ce pays et ce parfum de mystère n’est pas pour nous déplaire.

Après quelques recherches et beaucoup de lectures, l’itinéraire de notre road-trip est établi. Nous nous préparons à faire une boucle d’un peu plus de 2 000km à travers les forêts de Transylvanie.

En Roumanie, l’aventure commence toujours par une Dacia.

La Transylvanie est une des trois régions historiques de Roumanie. Elle se situe au centre-ouest du pays et est entourée sur les versants sud et est par la chaine de montage des Carpates. La région abrite la demeure de Vlad III l’Empaleur, qui inspiré Bram Stocker pour donner vie à son fameux personnage Dracula. Mais pas que ! C’est aussi dans les Carpates transylvaines que vous trouverez les plus vastes forêts sauvages d’Europe. Cette merveille de biodiversité sert de refuge à de très nombreux animaux, dont une population très importante d’ours bruns.

Nous avons eu la chance de pouvoir entrer en Transylvanie par la route Transfăgărașan. Longue d’environ 100 km, elle est sans aucun doute la plus belle et la plus haute route de Roumanie. Elle serpente à travers la montagne, formant d’impressionnants lacets à presque 2 000 m d’altitude. Fermée toute l’année à l’exception des mois d’été, pendant lesquels la fonte des neiges la rend praticable, elle permet notamment d’accéder au lac glaciaire Bâlea. Au bord du lac, la température avoisine les zéro degré. Nous voici contraints d’ouvrir nos valises sur le bord de la route pour y récupérer doudounes et pulls avant d’entamer l’excursion autour du lac !

Marie, sur un chemin de randonnée.

Dans le guide qui nous accompagne tout au long de notre périple, il y a une section dédiée au face-à-face entre un ours et un randonneur. Ça n’augure rien de très bon et nous choisissons de prendre quelques précautions avant d’entamer notre premier circuit. La nourriture du pique-nique est emballée dans des tupperwares et entourée de plusieurs sacs plastiques. L’idée, c’est que même d’éviter que l’odeur de notre jambon mette l’eau à la bouche au premier ours venu ! Le guide nous conseille aussi de faire du bruit en marchant. Ça tombe bien, notre ami Bob est bavard.

Les journées de randonnée s’enchainent et nous découvrons tous les jours des paysages époustouflants, très variés. Tantôt des forêts de résineux, tantôt des étendues de hêtres. Aujourd’hui protégés pour la plupart, ces espaces ont fait l’objet d’intenses débats dans les sphères politiques. La lutte contre la déforestation est engagée mais les coupes illégales font encore des ravages dans le pays.

Nous traversons une plaine couverte de fleurs sauvages, avant de pénétrer dans la forêt.

Nous avalons les kilomètres en voiture. La région est restée majoritairement rurale. Les villages semblent hors-du-temps. Les habitations s’étalent le long de la route principale. Nous croisons parfois des charrettes, quelques chiens errants, beaucoup d’églises orthodoxes richement peintes, des monastères fortifiés à l’architecture saxonne, et des châteaux dramatiques perchés sur l’arrête des montagnes.

Un chalet, isolé au creux d’un vallon. Le premier voisin à la ronde est à plusieurs kilomètres.

Nous dormons chez l’habitant dans des guest houses parfois bien difficiles à trouver. Un soir, nous quittons la ville de Sibiu – centre historique et culturel de la Roumanie – pour rejoindre nos hôtes dans un village reculé. Nous nous perdons en chemin et arrivons à destination à la nuit tombée. Alors que nous cherchons avec espoir un endroit où nous restaurer, nous faisons la rencontre d’une femme. Il n’y a ni restaurant, ni magasin d’alimentation dans ce village. Mais elle nous fait signe de la suivre. Après avoir traversé ce qui nous semblent être plusieurs jardins de particuliers, on nous invite à pénétrer dans l’enceinte d’une grande propriété. Dans la cour, de nombreuses personnes sont rassemblées autour d’un orchestre et d’un banquet. Il semble qu’il s’agisse d’un mariage. Un peu à l’écart de la fête, une table de cinq couverts a été dressée. Ce soir, nous sommes généreusement invités à partager le repas traditionnel de la noce. Au menu, polenta, choux farci, pâtés et alcool maison. L’hospitalité roumaine n’a cessée de nous surprendre par sa constante bienveillance. La dernière randonnée du voyage nous a laissé un souvenir particulier. Pour l’occasion, le réveil sonne à 4h. Le temps de se mettre en route et d’atteindre le premier panorama, la brume est déjà levée et la forêt prend une teinte flamboyante.

A presque 2000 m d’altitude, le vent devient glacial. Le temps d’une halte, nous troquons les Tshirts contre les doudounes.

Après un petit-déjeuner sur le pouce, nous reprenons l’ascension vers un belvédère, à mi-chemin en direction du sommet. Le circuit passe par des zones forestières et débouche de temps à autres sur des plaines vallonnées au creux desquelles nous nous étonnons de trouver de petites habitations isolées du monde. Parfois, nous croisons de jeunes enfants qui coupent le foin, sur le versant de la montagne. D’autres fois, le foin a déjà été ramassé et empilé sur de hautes structures de bois. La meule prend alors une forme reconnaissable entre toutes. Nous nous approchons maintenant du belvédère. Le ciel se met à gronder. Le chemin vient de quitter la forêt pour s’ouvrir sur un col à découvert. Le bruit du tonnerre se rapproche, et une pluie dense et froide jaillit des nuages. Le vent devient si violent que nous retournons instinctivement à l’abri des grands sapins. Après de longues minutes, nous sommes parfaitement trempés et l’orage ne cesse de s’intensifier. Nous sommes contraints d’entamer la descente. Ce jour-là, nous n’aurons pas atteint le sommet, mais nous aurons gardé de cette aventure roumaine l’image d’un peuple généreux, coexistant avec une nature sauvage, parfois capricieuse mais toujours envoûtante.

Lors d’une randonnée en haute montagne, nous faisons une rencontre inattendue.
Les forêts de Transylvanie sont constituées de hauts résineux et de grandes étendues de hêtres.
En montagne, le temps peut tourner très rapidement. En Roumanie, l’atmosphère prend un tour particulièrement dramatique.

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